lundi 13 avril 2009

L'instit', portrait...

un petit bijou ( mais suis-je vraiment objective ?) arrivé dans ma boîte aux lettres, il y a quelques temps déjà, je vous en fais profiter aussi...


L'instit' est un être humain comme vous et moi à part qu'il va manger son goûter dans la cour dès qu'il entend sonner la récré.

N'ayant jamais trouvé la sortie de l'école depuis l'âge de trois ans, l'instit' ne connaît de la vie que les classes surchauffées et décorées de dessins gondolés à la gouache. Il n'a donc qu'une vague idée du monde du dehors et sait à peine qui est Kylie Minogue. Ceci explique pour­quoi la plupart des instit's ne sont toujours pas HD ready, votent encore à gauche et sont rigoureusement incapables d'exé­cuter la moindre figure de Tecktonik.

Autre signe d'indécrottable ringardise, il continue à former les gamins au monde tel qu'il devrait être au lieu d'entraîner nos enfants à la compétition libre et non faussée qui les attend à l'extérieur et au tournant. Pire, au nom de valeurs qui sentent l'ardoise rance, la craie humide et l'éponge moisie, certains s'acharnent à gas­piller l'argent public pour sauver, par la pâte à modeler, les futurs délin­quants des maisons de correction ou des charters pour les pays chauds. Je ne dis pas ça pour toucher la prime de délation mais la Caloutte et mon beau-frère font partie du complot.

Au fil des réformes trimestrielles de l'Education Nationale, l'instit' s'est suc­cessivement appelé instituteur, professeur des écoles, puis, plus récemment, “enculé de sa race”. Retenons qu'il s'est toujours fait maître.

Sa légendaire paresse, qui lui est si souvent reprochée par les créateurs de richesses et les rentiers du CAC, ne résiste pourtant pas à une étude objective. Des observateurs impartiaux du SNES ont en effet démontré que l'instit' assure à lui tout seul, du haut de son petit bureau en bois, le boulot de 10 flics et de 20 parents divorcés. Sans oublier ses activités annexes d'en­seignant, éducateur, animateur, psychologue, entraîneur, assistante sociale, tuteur, infirmière…

S'il est vrai qu'il gagne en un mois ce que touche un footballeur en prenant sa douche, l'instit' se rattrape avec ses vacances scandaleusement longues qui n'ont rien à envier à celles de nos animateurs télé. D'ailleurs, pendant que les productifs se cassent le dos pour se payer des écrans plats et des appareils sans fil, l'instit' tue le temps en lisant tes bouquins en couleurs pastel de l'Ecole des Loisirs, en recomptant ses gommettes, en corrigeant ses cahiers à gros carreaux et en préparant la prochaine classe nature à la campagne (ce qui, au passage, lui fera une semaine de vacances supplémentaire). De toute façon, dès qu'il en a marre de se faire bastonner par les parents d'élèves ou qu'on lui crame sa voiture et son expo sur les rapaces, l'instit' part en dépression carabinée dans une luxueuse maison de repos.

A son retour, bourré de verveine, il est à nouveau capable d'apprendre l'écriture et la poésie à des petits cons décérébrés par Gulli, auprès desquels un type normal ne tient pas plus de dix minutes (avant strangulation).

Signe particulier de l'instit' : il passe sa vie à chercher une rallonge. Il peut s'agir d'une rallonge électrique, pour projeter des diapos sur les volcans (alors que t'as les mêmes sur Nintendo Wii en dolby surround 5.1) ou d'une rallonge budgétaire (pour permettre à Mourad, Titine et Mamadounia de venir à la piscine avec leurs camarades).

On l'aura compris, l'instit' est un chieur qui se plaint toujours alors qu'il ferait mieux de se la fermer puisqu'il n'est même pas cap' de bloquer le tunnel du Mont-Blanc ou de déverser du fumier devant les préfectures.

Quand je pense à ce que mes instit's ont fait de moi, fils de prolo qui ne demandait qu'à travailler à la mine, j'ai des renvois de gratitude. C'est dire s'ils ont réussi leur travail de sape intellectuelle.

de Pascal Fioretto, paru en fevrier-mars 2008,sur Fluide Glacial ...

22 commentaires:

Candide a dit…

Ton instit, il sent bon l'école de la République ... celle d'avant, avant, avant ...

Tulipe a dit…

Celle d'avant, avant, avant, je ne l'ai pas connue... mais celle que j'ai connue, j'aimerais bien qu'elle perdure. Avec des améliorations, certes : on peut toujours faire mieux...

esquisse a dit…

Pupitre incliné,odeur d'encre,plumes et buvars,rangés cote a cote,a ne pas toucher tant que le "maitre "n'avait pas fait l'appel,et lu la phrase! Le dicton qu'on devait retenir et appliquer toute une vie...Blouses anthracites,assorties au poeles qui chauffait nos journées d'hiver.
Ambiance d'ecole,ou l'instit remplaçait "papa maman",et meme qui nous donnait le gouter quelques fois.Nostalgie de ce temps qui a tres vite évolué,mais dont je me plait souvent a cité.
Des instits,rangés dans un album,comme la famille, ceux qui vous aident a grandir,et vous motivent a poursuivre l'apprentissage de certaines regles de vie.Celles qu'on entend a la maison ,mais qu'on ecoutent pas.Je n'avais pas le profil,de l'etudiant,mais de cette période que l'on trouve souvent pénible et ennuyante,je conserve de superbes souvenirs d'instits,qui me disaient "fait un effort ça te servira plus tard"...on est bien plus tard,et ça fait longtemps que ce petit effort m'aide au quotidien.
(comme dirait quelqu'un que j'apprecie ,peut etre pas pour l'orthographe...mais je fais des efforts!)
bonne journée...

philippe a dit…

content de retrouver ma jolie Tulipe, en effet j'ai du changer mais c'était pas de mon fait, je t'expliquerai, qui plus est, je dirais: tu ne poste spas souvent mais non seulement tu es toujours agréable à lire et ça en vaut la peine, le fond et la forme

bisous, je t'ai ligotée chez moi pour te voir plus souvent


des bisous

MARIE a dit…

J'avais lu cette article lors de sa parution Mais il est toujours bon de le relire ...;o)

Douce nuit et plein de gros bisous ... ;o)

philippe a dit…

aujourd'hui, juste un coucou pour te souhaiter un bel après midi

bisous

Tulipe a dit…

esquisse,
Ça sent bon les souvenirs parfois.
Je n'ai pas connu cette école que tu décris, plumes, pupitres inclinés, blouses et poêle... même pas la phrase de morale au tableau pour démarrer la journée !
Mais des enseignants qui (en relais avec ma mère) m'ont donné le goût de découvrir, transmis des valeurs, aidée à grandir... ça oui, j'ai connu. Et je dis merci et j'essaie de faire comme eux.

Philippe,
Tu as raison, je ne poste pas souvent. Quelques tracas et j'ai dû prendre un peu de recul avec la toile en général, le blog en particulier. Rien de trop grave.
Sur un bulletin, certains auraient noté : travail irrégulier !
En fait je suis une dilettante...
Mais je sais où te trouver, pour le moment... bonne journée à toi aussi.

Marie,
C'est là souvent mon problème : est-ce que tout le monde n'a pas déjà lu ce que je publie... est-ce que ça vaut le coup ?
merci de me dire que oui.

Katchina a dit…

Etiez-vous aussi, cher Esquisse, de ces garnements qui tiraient les nattes des filles dans la cour de récréation ?

La cigale a dit…

Et la rallonge de papier crépon pour que la guirlande de la fête des écoles puisse aller d'un bout à l'autre de la cour, hein, qui peut chercher ça?
Je passe, bien sûr, sur les activités de coiffeur, attacheur de lacet, moucheur de "morve" et autes activités non répertoriées...
Et pour râler l'instit il n'ose même pas brûler un petit cahier ou jeter ses ardoises à la figure du ministre...
Il a raison Fioretto, instit c'est vraiment un métier de chieur!!!

walkingthedog a dit…

je t'apporte les godasses.. :D

NanouB973 a dit…

moi aussi je l'aimais l'école d'avant...mais quelque soit l'époque, on a tous la nostalgie un jour.
Je viens de passer une heure à faire réciter dans l'ordre et aussi dans le désordre, la table de 3 à ma petite fille. Et bien, j'en reviens pas, elle a pas changé la table, 6*3 font toujours 18 ! Comme quoi !!!
Vivent les instits je les repecte ! mais ceux qui font vraiment çà pour l'amour de ce métier !
Tiens Tulipe toi aussi tu t'ai posé des questions pour le blog ...
Gros bisous de Nanou

Tulipe a dit…

Katchina,
je le verrais bien en coquin taquin, mais si Esquisse a connu l'école avec plumes, blouses et poêles assortis, il ne devait pas y avoir de filles dans la cour des garçons...enfin, je crois.

La Cigale,
oui, mais quel métier ! (c'était... ?)

Walkingthedog,
c'est super gentil, merci. Je trouve qu'elles iraient à ravir avec... mais je crois que menfin ne l'entend pas de cette oreille...

Nanou,
et 3*6 aussi, Nanou ! ;)
question blog, je m'en pose toujours des questions...je me dis que j'en ferai un billet un de ces jours... peut-être.
bises aussi

esquisse a dit…

C'est pas si loint que ça,juste que se petit patelin etait vraiment retiré.Pour ne pas trop l'accablé,disons que le temps avait fait une pose.Je garde de ce passage dans cet autre dimension,beaucoup de respect,de simplicité et surtout l'application de certaines valeurs qu'on occulte trop souvent.j'ai provoquais beaucoup de"cancans" autour de moi,avec cette histoire mais soit,l'ignorance ne s'efface pas toujours avec des rires...(je site ce passage,pour quelques tetes vides que j'ai cottoyé en arrivant de ma montagne)
Voila,pour les filles il y en avait,effectivement,mais trop réserver pour tirer quoi que se soit,je préférais faire le pitre...c'est bien plus tard que l'ecole s'est durcie,et que comme dans l'ecriture si on ne suit pas les lignes on sort du cadre et on récolte bien sur les fruits de la graine semée...Malgré ces taches d'encre noires ,j'en garde de trés bons moments,et puis la vie remplace le "buvard",on absorbe et ça repart.

Tulipe a dit…

Esquisse,
je comprends mieux, ça ne cadrait pas vraiment avec la photo...
donc timide avec les filles, mais pitre malgré tout...

karine a dit…

bonjour tulipe !
merci pour ton passage et ton com
je t'envoie à mon tour le tag !!!!
c'est très amusant à faire :-)

Bérénice a dit…

Bien sûr que ça vaut le coup ce que tu publies, ma Tulipe !!

Tulipe a dit…

Karine,
c'est ok, mais quand...

Bérénice,
;)
que le rideau de velours se transforme en voilage d'organdi...

Serge a dit…

je suis "quand même" revenu lire ton billet...;D
C'est bizarre, ça ma rappelle quelqu'un ! :D
Non, sérieusement..., je lui dit souvent que même s'il ma semble que l'éducation nationale(je parle de la notre) est un foutu merdier..., parfois je te jure, ce qu'elle me raconte..est invraisemblable(paperasses, réglements,etc..), des trucs de fous qui font bien sur dresser les cheveux sur la tête d'un mec , plutôt à droite, comme moi...je reconnais son investissement personnel, son amour de son travail, etc...et donc j'ai du révisé mon jugement..je me suis rendu compte que pour les instits qui font leur boulot..chapeau bas, Madame...

Tulipe a dit…

merci Serge, :)

et...

merci menfin ;)

menfin a dit…

:) la rallonge....du vécu ça !..:)


dis donc tulipe les chaussures iraient bien avec quoi?????

dj_canet a dit…

Bonsoir Tulipe !

Tu sais fort bien que tu seras la bienvenue à la fête de l'olivier, ce Samedi, à CANET !

Et oui, je raccolle !

Je fais de la pub ;-)

Et les autres aussi !

Bien sur, ils peuvent venir !

Demain matin, atelier taille & (ou) greffe, dés 9 Heures...

Christophe

Tulipe a dit…

excusez-moi, je déserte...

menfin,
elles iraient bien avec tellement de choses que j'ai voulu résumer : mes jambes à moi aussi, par exemple (mais j'ai eu peur de faire enfler mes chevilles ! ;)

christophe,
ce sera sûrement très convivial, j'en suis persuadée. J'espère juste pouvoir me ménager une échappée dans mon week-end pour fêter l'olivier.